14 avril, par Stéphane Guerault, Déborah Ades, Ghislaine Mezin

Enjeux et perspectives du numérique éducatif

Les compétences du XXIe siècle

De quoi parle-t-on ?

e-éducation Éducation aux médias et à l’information ENT Robotique, Objets connectés


Les compétences du XXIe siècle sont indispensables à nos élèves pour s’insérer dans la société. Loin d’exclure les savoirs disciplinaires, elles exigent plus que jamais de donner à nos élèves une culture solide, appuyée sur la littératie numérique. La typologie la plus simple liste quatre compétences : savoir adapter sa communication, travailler à plusieurs en présence et à distance, faire preuve d’esprit critique ou encore participer aux processus créatifs.

Indispensables ?

Nous connaissons tous les difficultés qui s’imposent à chaque évolution technologique ou à chaque changement d’outil. Quelle marge d’action avons-nous quand des applications gratuites deviennent payantes ? ... Quand des services disparaissent parce qu’ils manquent de rentabilité ? Peut-on se contenter de former les élèves à des outils numériques ? Dans le contexte actuel, une culture numérique permettant de s’adapter aux différents systèmes actuels et à venir apparait plus efficiente.

Qui parle de ces compétences ?

Sujet courant dans les pays anglo-saxons, les compétences du XXIe siècle émergent difficilement en France. Un grief souvent avancé tient à leur genèse. Issues du monde économique et des grandes entreprises, les compétences du XXIe siècle sont perçues comme un appel du pied du privé pour faire de nos élèves de futurs employés modèles.
Pourtant, à y regarder de plus près, ce sont ces compétences mêmes qui permettent aux jeunes adultes d’entreprendre, seul ou à plusieurs, et de proposer des modèles économiques innovants porteurs de valeurs durables et positives. Aujourd’hui, un recruteur donnera la préférence à un candidat formé sur ce que les anglo-saxons appellent les Soft Skills car le numérique n’est actuellement pas en capacité de les remplacer. La façon dont les technologies s’emparent des Hard Skills suppose essentiellement de comprendre l’impact du numérique et d’accepter d’apprendre tout au long de sa vie dans le milieu professionnel. Le reste est pris en charge par les technologies qui permettent ainsi à chacun d’apprendre tout au long de sa vie ou "d’augmenter" ses capacités.

Si l’OCDE, l’UNICEF, l’Union Européenne promeuvent les compétences du XXIe siècle dans le monde entier, c’est bien qu’apprendre à coopérer, à communiquer, à faire preuve de sens critique et à créer sont des habilités nécessaires pour trouver sa place dans nos sociétés actuelles et à venir.

Mais, les connaissances, les savoirs, la culture ?

Ne risque-t-on pas de brader les savoirs au seul nom d’internet ? Bien au contraire, tel le luthier qui fabrique son violon, les compétences du XXIe siècle reposent sur la double maîtrise d’une solide culture professionnelle et de gestes travaillés, pensés et sans cesse améliorés. À l’heure de Wikipédia, Michel Serres et d’autres après lui ont démontré qu’une large partie du savoir est « au fond de notre poche ». Mais, dispose-t-on pour autant des codes qui permettent d’identifier la qualité d’une information ? Rien n’est moins certain. Pour appréhender ces connaissances, plus nombreuses qu’autrefois, et dépendant du numérique, il s’agit de développer ou de renforcer de nouvelles compétences. Il existe de fait de nombreuses typologies. Ici, nous faisons le choix du modèle à notre sens le plus lisible : Coopérer, Développer l’esprit critique, Communiquer et Créer. Vous trouverez, associé à chacune de ces compétences, quelques exemples d’usages développés dans l’académie de Versailles par des enseignants utilisant le numérique.

1° Coopérer
A l’heure où se développe le projet de société apprenante, il devient évident que l’union fait plus que jamais la force. La conjonction des compétences de chacun, tourné vers un même projet, dans une dynamique d’échange et de partage fait ses preuves. Décloisonner, favoriser l’interdisciplinarité, raccrocher les savoirs de différentes disciplines pour aider les élèves à en dessiner la cohérence a fait ses preuves. Coûteux en temps, nécessitant un véritable apprentissage du faire ensemble autant que du vivre ensemble, coopérer est une compétence essentielle qui sous d’autres noms n’a cessé d’être encouragée et ne peut que faire grandir nos sociétés.


2° Questionner le monde
La radicalisation, les fausses nouvelles ou encore les questions de cyberharcèlement témoignent que la maitrise de l’information est un enjeu citoyen pour le XXIe siècle . Cette question a toujours été au cœur de nos pratiques enseignantes. Ce qui change, c’est que désormais tout le monde est exposé aux médias et aux réseaux sociaux. La multiplication de ces médias questionne la gestion des "fausses nouvelles". Il est donc nécessaire d’armer les élèves afin qu’ils exercent leur esprit critique .

3° Communiquer
Avec le numérique, de nouvelles pratiques de l’écrit et de l’oral émergent, utilisant parfois d’autres langages : rédiger un mail, ce n’est pas tout à fait comme rédiger un courrier ; participer à une webradio, alimenter un blog, ce n’est pas tout à fait pareil que contribuer à un journal du collège. De la même façon, la vidéo est devenue un outil de communication : tutoriels, curriculum vitae filmé, ... La production actuelle de vidéos sur les réseaux sociaux laisse apparaitre toute une gamme de style dont il peut être intéressant d’interroger les caractéristiques : tutoriels, témoignages, gaming, humour, revue de presse ou récit de voyage, présentation de lectures et de livres... Ces nouvelles opportunités supposent de maîtriser les tenants et les aboutissants d’une situation de communication que le numérique modifie par essence. Le faisions-nous avant ? Évidemment oui. Ce qui en fait une compétence du XXIe siècle, c’est que les usages ont évolué et nécessitent d’interroger les habitudes et les évidences.

4° Créer
C’est peut-être là que les compétences du XXIe siècle bousculent le plus l’école. La capacité à créer, à innover concerne autant l’enseignant qui réfléchit à ses démarches que l’élève qui devient acteur de son cursus scolaire. Or, qu’est-ce que créer, si ce n’est regarder le futur en s’appuyant sur les expériences du passé pour proposer une alternative au présent ? Peut-on créer sans connaissances ? Todd Lubart et bien d’autres chercheurs indiquent que la connaissance est indispensable à l’acte créatif. L’innovation n’existe que dans les yeux de celui qui regarde. Un même geste, nouveau pour les uns, paraitra déjà ancien à d’autres. Mais, à l’heure où les développements s’accélèrent, les élèves doivent être capables de se projeter dès maintenant dans le futur. Il convient de leur apprendre à résoudre des problèmes en osant "sortir de la boîte", faire un pas de côté ou encore penser autrement.


Conclusion

Ainsi, les compétences du XXIe siècle ne modifient pas en profondeur les buts que notre système éducatif se fixe depuis son apparition : préparer les élèves à devenir des citoyens éclairés, capables d’agir ensemble pour imaginer un futur viable et durable et en faire la promotion.

Le numérique doit être développé au service d’un projet sociétal appuyé sur des valeurs humaines. Le développement des STEAM donne à voir cette évolution. Par exemple, s’investir dans la robotique, c’est identifier un besoin réel, un problème et réfléchir à sa résolution en abordant conjointement des dimensions aussi bien techniques, éthiques que créatives.
Plus que jamais, la technologie doit être le levier de nouvelles dynamiques où l’humain est au centre des réflexions et des actions.

Pour aller plus loin :

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