1er mars, par Anne-Cecile Franc, Christophe Buissez

Décryptage : épisode 4

Comment tourner et monter une vidéo pédagogique efficace ?

Websérie

e-éducation e-formation


Comment tourner et monter une vidéo efficace ?
Quelle structure privilégier ? Quels cadrages, quels effets, quelles surcouches peuvent améliorer la compréhension ? Comment traiter le son ?
Enfin quel équipement faut-il prévoir ?

Cet épisode de la série décryptage s’adresse à tous les enseignants et les formateurs qui réalisent des vidéos à des fins pédagogiques et qui, comme nous ici, se posent des questions pour gagner en efficacité.


Transcription intégrale (cliquer ici pour l’afficher)


Bonjour et bienvenue dans la série décryptage, consacrée à la scénarisation pédagogique avec le numérique.
Cette websérie s’appuie sur des travaux de recherche dont les références apparaitront au fil de la présentation. Vous retrouverez l’ensemble de ces références en fin de vidéo.
Dans cet épisode, je vous propose d’aborder la question du montage et du tournage d’une vidéo conçue à des fins pédagogiques.


1- Typologie
La créativité des enseignants est particulièrement foisonnante. Néanmoins, une exploration un peu approfondie de la grande diversité des vidéos réalisées à des fins pédagogiques fait émerger quelques catégories récurrentes.

A) diaporama sonorisé
Un certain nombre de vidéos pédagogiques prennent la forme d’un diaporama sonorisé.
Comme son nom l’indique, le diaporama sonorisé superpose l’affichage d’un diaporama avec des animations ou non, et un commentaire audio synchronisé avec les images.

B) capture d’écran commentée
D’autres vidéos consistent en une capture d’écran vidéo, (en anglais screencast video).
Il s’agit ici d’associer un commentaire audio synchronisé avec ce qui est montré à l’écran.
On pourrait penser que cette pratique ne concerne que la réalisation de didacticiels, mais cela peut également servir à capter une démonstration.

C) animation et avatar
Certains enseignants apprécient de pouvoir jouer sur les animations. Ils se tournent alors vers des logiciels qui proposent des animations et visuels clés en mains. En fonction des besoins, certains ajoutent ensuite leur voix au montage en guise de commentaire oral. D’autres ne souhaitent pas se mettre en scène personnellement et privilégient l’utilisation d’avatars.

D) YouTubeur :
Sur le principe des vidéos que l’on trouve sur YouTube, certains enseignants choisissent de se filmer avec une caméra ou leur téléphone portable pour produire des vidéos plus ou moins sophistiquées.
C’est sur ce principe que plusieurs enseignants volontaires ont participé pendant plusieurs semaines à la série 1 jour 1 conseil.

E) cours filmé
D’autres dispositifs plus complexes mettent en scène l’enseignant qui fait cours devant un tableau. Si vous avez eu l’occasion de regarder la chaîne Lumni, c’est cette solution qui a été choisie avec un tournage dans un studio professionnel.

F) vidéo complexe :
Dans la dernière catégorie, nous trouvons des vidéos qui proposent une combinaison de tout ce qui précède. Grâce au montage, les enseignants articulent différentes prises de vue, images d’illustration ou animations de manière plus ou moins complexe.

G) vidéo interactive
Pour finir, il est possible d’ajouter une surcouche interactive sur chacune des vidéos précédemment évoquées. Il s’agit d’incorporer à la vidéo pendant la lecture des liens cliquables, des arrêts, des questionnaires, un sommaire interactif et des compléments en tout genre. Mais la scénarisation de ce type de média nécessiterait un développement à part entière et ce ne sera pas l’objet de cette Websérie.

2- Analyse d’une vidéo complexe :

Dans une publication de 2000, les chercheuses Barbara Tversky, Julie Morrison et Mireille Bétrancourt ont conclu qu’une présentation dynamique serait particulièrement pertinente quand le document présente une suite d’actions ou d’événements.
En 2002, elles nomment "principe de congruence" le fait de faire correspondre la représentation externe et la représentation interne ou mentale que l’on souhaite susciter.
Elles ajoutent également d’autres conditions d’efficacité, comme le fait de proposer un contenu succinct et des représentations simplifiées pour favoriser l’appréhension.

Dans cet épisode, je vais tenter de montrer en quoi une vidéo correctement réalisée peut faciliter la représentation mentale des étapes successives d’un processus ou d’un phénomène animé.

Pour mieux comprendre, je vous propose d’analyser une vidéo complexe, car elle réunit tous les ingrédients que vous pourrez utiliser par la suite dans vos projets de réalisation.
L’exemple choisi est une vidéo réalisée par Inéo formation, consacré à la présentation de la pose d’un plafond autoportant. D’une durée de 9 minutes, elle s’adresse à des professionnels du bâtiment ou des organismes de formation.

Pour la consulter dans son intégralité, vous pouvez choisir de mettre cette vidéo en pause et d’ouvrir le lien suivant, à condition de conserver la fenêtre précédente ouverte pour pouvoir y revenir ensuite :

https://www.youtube.com/watch?v=hLXQhaHRMqA&feature=youtu.be

L’analyse qui va suivre va passer en revue un certain nombre de points qui vont vous aider à réaliser un futur montage à votre tour.

A – La structure

Commençons par la structure.
Le premier point particulièrement intéressant dans la vidéo choisie est le fait que la structure est parfaitement claire et explicite.
En introduction et en conclusion, on trouve un présentateur.
Entre les deux, différentes parties se succèdent avec logique accompagnées d’un commentaire en voix off.
Le geste professionnel est d’abord décomposé en 6 étapes clairement identifiées.
Les 6 étapes sont ensuite présentées successivement.
Une synthèse récapitule ces 6 étapes en images.
Pour faire le lien entre ces différents temps, on retrouve la même charte graphique avec ici la couleur rose ou les éléments visuels comme les pictogrammes, la police, etc.
La numérotation revient de manière récurrente sous la forme d’une animation qui permet de relier les éléments présentés aux 6 étapes annoncées au départ.
Les outils nécessaires pour chaque étape sont rappelés avec le même graphisme que lors de leur présentation en étape 1.
Des répétitions faisant varier le niveau de détail des explications favorisent la mémorisation et la compréhension.

Dans vos propres vidéos, soignez bien la structure et la cohérence globale, n’hésitez pas à avoir recours à des répétitions.

B – Les valeurs de plan

Pour rendre le réel compréhensible et intelligible, différentes valeurs de plan sont utilisées ici pour décomposer le geste professionnel et la manipulation précise.
Décomposons par exemple le geste présenté à l’étape 2, le traçage.
La scène commence par un plan d’ensemble pour comprendre où nous nous trouvons et dans quel cadre se situe l’action, avec un panoramique latéral qui balaye l’ensemble de la pièce.
La caméra se rapproche en zoom avant jusqu’à un plan rapproché sur la marque effectuée sur le mur. Un gros plan sur la main permet de voir la mesure et le traçage effectué.
Cette alternance des valeurs de plan est répétée tout au long de la vidéo entre le cadre général et les gros plans sur les gestes à réaliser.

C – Prise de vue et mouvements de caméra

Pour les plans fixes le plus simple est de poser la caméra ou le smartphone sur un pied.
Ce dispositif servira également pour les mouvements simples comme le panoramique (mouvement gauche /droite ou haut/bas) ou le zoom. Pour le zoom, vérifiez bien que la qualité de l’image n’est pas trop dégradée si vous n’utilisez pas de zoom optique.
Les mouvements plus complexes, comme le travelling nécessitent un stabilisateur ou un dispositif particulier comme un chariot ou une chaise roulante.
Dans tous les cas, pensez à éclairer suffisamment la scène, l’idéal étant un éclairage trois points. Méfiez-vous des ombres.
Vérifiez bien la mise au point pour avoir une image nette. Un autofocus est en général disponible sur la plupart des appareils.

Dans vos propres vidéos, utilisez des valeurs de plan et des mouvements de caméra adaptés au niveau de détail de ce que vous voulez montrer, en plaçant les mains bien visibles à l’écran lorsqu’il s’agit d’un geste.

D – Les effets d’accéléré et de ralenti

Pour résumer un processus long et répétitif, il peut être intéressant de n’en conserver que quelques étapes principales ce qui donne un effet d’accéléré.
À l’inverse un effet de ralenti permettra de mieux visualiser un processus ou de ralentir une action trop rapide.

Dans vos propres vidéos, n’hésitez pas à avoir recours à des effets d’accélérés ou de ralenti, au service de la compréhension.

E – Les surcouches, textes

Au montage, il est possible d’ajouter différents éléments en surcouche qui vont venir faciliter la compréhension.
Dans la vidéo que nous sommes en train d’analyser, nous trouvons à plusieurs reprises des traits, des flèches et du texte, qui servent à fournir des indications de mesure.
Il est également possible de superposer des images complémentaires ou des animations comme ici pour présenter les trois types de fixations possibles.
De même des mots clés peuvent parfois venir souligner le propos. C’est le cas dans l’introduction, ce qui permet de mettre en avant trois caractéristiques essentielles de l’objet étudié, ici le plafond autoportant.

Dans vos propres vidéos, pensez bien à respecter le principe de contiguité spatiale et temporelle,
Selon la théorie cognitive de l’apprentissage de Richard Meyer, les participants apprennent mieux :
lorsque les textes correspondants aux images restent proches les uns des autres sur le même écran, et lorsque ces textes et ces images s’affichent en même temps plutôt que les uns après les autres.

F - Le son
Le son revêt une importance particulière dans cette vidéo dont le commentaire oral constitue l’ossature principale.
La musique de fond n’apparaît plus forte qu’à deux endroits, avec le titre du démarrage et à la fin au moment des crédits. Dans le reste de la vidéo, cette musique ne couvre pas du tout la voix du présentateur, ce qui correspond aux recommandations d’accessibilité dans l’épisode correspondant.
Le présentateur n’est visible qu’au début et à la fin et le reste du temps le commentaire oral est illustré par des vidéos, des images, des mots clés sans conflit ou surcharge cognitive.

Dans les vidéos que vous allez réaliser, si vous prévoyez de capter et d’intégrer un discours oral, il est indispensable de réaliser un enregistrement parfaitement audible avec un volume sonore suffisant.
C’est un des aspects du tournage que vous devez soigner en particulier.

3 - Équipement minimum conseillé

C’est pourquoi nous allons terminer cette vidéo par quelques recommandations matérielles.

Pour garantir la stabilité de l’image, vous devrez fixer votre appareil de prise de vue sur un trépied. Il existe des systèmes d’accrochage pour smartphones ou tablettes.

La plupart du temps, l’optique et la résolution des smartphones seront suffisantes pour réaliser une prise de vue de bonne qualité. Dans certains cas, si vous avez besoin d’adapter la focale pour faire varier l’angle de champ ou pour des valeurs de zoom importantes, vous aurez besoin d’un véritable objectif.
En effet, le zoom numérique des smartphones détériore fortement la qualité de l’image.
Ce n’est pas le cas des zooms optiques courants sur les appareils photos ou caméscopes.

En extérieur, la lumière du soleil est en général suffisante, mais en intérieur, l’éclairage d’une pièce est bien souvent inadapté pour la prise de vue. Il peut être intéressant de disposer d’éclairages sur pied classiques ou d’éclairages à LED. En complément, tout ce qui peut réfléchir la lumière sur les côtés du cadre peut être utile pour limiter les ombres.

Enfin, la prise de son est essentielle dans ce type de vidéo.
Le micro interne des smartphones et autres appareils est souvent de mauvaise qualité. Il est plutôt utilisé pour capter un son d’ambiance. Pour une prise de son directe, il peut être intéressant de brancher des micros spécifiques avec une directivité choisie en fonction des situations.

  • Un micro omnidirectionnel sera plutôt utilisé pour capter une source étendue, un son d’ambiance ou un dialogue dans un milieu bruyant et venté.
  • Un micro directionnel permettra d’isoler une source sonore. La directivité sera plus ou moins prononcée avec un micro cardioïde, hyper-cardioïde, voire un micro-canon. Le micro-canon, le plus directionnel de tous pourra être maintenu hors champ grâce à une perche.
    Pour utiliser ces micros avec un appareil photo ou un caméscope, il faut disposer d’une entrée audio externe.
    Pour enregistrer un commentaire audio, privilégiez plutôt un micro-casque avec bonnette ou un micro-cravate. Le micro situé sur le câble des écouteurs des smartphones est en général de bonne qualité et représente une bonne alternative.

Dans cet épisode de décryptage, nous avons choisi de mettre l’accent sur le tournage d’une vidéo réalisée à des fins pédagogiques.

Pour ceux et celles qui veulent aller plus loin et monter en compétences sur la question du tournage, différents parcours sont disponibles en autoformation sur la plateforme m@gistère.
Cet épisode de décryptage est indissociable des autres épisodes consacrés à l’efficacité pédagogique, à l’ergonomie cognitive, à l’accessibilité ou encore à la scénarisation pédagogique que vous pouvez consulter en complément.


Bibliographie
« Dans la mesure où les animations sont coûteuses à produire pour le concepteur et coûteuses à traiter pour l’utilisateur, un principe préliminaire serait de n’utiliser les animations que lorsqu’elles sont pertinentes, c’est-à-dire lorsque le phénomène à communiquer induit une notion de changement dans le temps. »
Source : Bétrancourt, Bauer-Morrison & Tversky, 2001, Les animations sont-elles plus efficaces ?

  • Amadieu F., Tricot A., Apprendre avec le numérique, mythes et réalités, chapitre 9 Les vidéos et informations dynamiques favorisent l’apprentissage (nouvelle version à paraître)
  • Berney S., & Bétrancourt M. (2016). Does animation enhance learning ? A meta-analysis. Computers & Education, 101, 150–167. https://doi.org/10.1016/j.compedu.2016.06.005
  • Jamet É., Arguel A., La compréhension d’un document technique multimédia peut-elle être améliorée par une présentation séquentielle de son contenu ?
  • Meyer R., Five ways to increase the effectiveness of instructional vidéo

Parcours M@gistère :

Crédits

  • Directeur de production :
    Fabrice Gély, délégué académique au numérique
  • Réalisation :
    Anne-Cécile Franc, coordonnatrice du dossier e-formation
  • Scénarisation :
    Christophe Buissez, formateur DANE
    Anne-Cécile Franc, chargé de mission e-formation
  • Remerciements :
    Séverine Poncet-Ollivier, chargée de mission EMI, coordonnatrice académique du CLEMI
    André Tricot, enseignant chercheur, Université Paul Valéry Montpellier 3

Compléments :
Voir les autres épisodes de la série Décryptage

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