7 juin, par Déborah Ades

Repenser les temps d’apprentissage

Le temps des évaluations avec la e-éducation

Épisode 9 - Série « Repenser le temps avec la e-éducation »

e-éducation


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Pour les élèves comme pour l’enseignant, l’évaluation est un temps important. C’est le moment de faire le point, de connaître la valeur de son travail.
Qu’elle intervienne en début d’heure pour identifier les besoins (évaluation diagnostique), en cours d’étude pour se former (évaluation formative) ou à la fin pour faire le constat du chemin parcouru (évaluation sommative et/ou certificative), l’évaluation reste un temps fort de tout processus d’apprentissage. Et pourtant, que de débats et de questions autour de ce temps pédagogique ! Notes ou pas notes ? Corrections immédiates ou différées ? Possibilités de refaire ou pas ?
De l’autre côté du stylo rouge, il en va de même pour l’enseignant. Rares sont ceux qui s’enthousiasment à l’idée de corriger les copies...
Le numérique apparait alors comme un atout : correction plus rapide pour l’élève comme pour l’enseignant, accès commun à tous, facilité d’introduire des adaptations pour chacun... Mais avec l’évaluation par le numérique ne risque-t-on pas de détourner celle-ci de ses enjeux, de revoir à la baisse les attentes en convertissant une tâche complexe d’écriture en un simple QCM, d’introduire une distance entre l’enseignant et son élève ? Il convient de faire le point.
Cet article vise modestement à faire un état des lieux des plus-values qu’offre la e-éducation pour penser ces évaluations, sachant que c’est un champ du numérique pédagogique en pleine réflexion.

Le numérique peut-il permettre d’évaluer aussi bien des tâches simples que complexes ?


Exemples de questions disponibles avec l’activité test dans Eléa

De nombreux outils laissent à penser qu’évaluer avec le numérique suppose de se contenter d’exercices simples, peu élaborés. QCM, appariement, jeu du millionnaire, disponibles sur la plateforme Éléa, sont en effet adaptés à une évaluation rapide pour réactiver des savoirs, vérifier la compréhension d’une ressource ou encore favoriser la mémorisation.
Mais, on peut aller plus loin et proposer la mise en œuvre de processus et de méthodes : questions calculées, placement sur image, production d’un oral. Dès lors, l’élève est invité à comprendre et analyser des situations pour mettre en œuvre ce qu’il a appris.
Enfin, les devoirs, compositions ou plus encore la scénarisation d’un parcours permettent de confronter les élèves à des tâches complexes au sein desquelles il va devoir remobiliser de façon autonome connaissances et compétences pour résoudre un problème. Bien sûr, dans le cas d’une production, l’enseignant ne pourra pas automatiser la correction, il garde contact avec la production de l’élève. Ce qui est plutôt rassurant car il ne s’agit pas de prétendre que le numérique puisse remplacer l’expertise professionnelle.
Globalement, l’évaluation avec le numérique diffère peu de l’évaluation papier dès lors que l’enseignant maîtrise les caractéristiques des types de questions en lien avec les processus cognitifs qu’ils cherchent à activer. Cela relève d’une ingénierie pédagogique qui s’acquiert par la pratique.

Parcours math-sciences, "Les enquêtes de l’inspecteur Matt Cyance : la géométrie dans le plan", Mirana Ballans, 2nd Bac Pro

Évaluer avec le numérique ne risque-t-il pas de dévaloriser le temps de l’évaluation ?


Sur le tableau de bord d’Eléa, il est possible de cacher ou donner à voir un parcours immédiatement en cliquant sur l’oeil à gauche du titre du parcours.

Organiser une évaluation sur ordinateur peut déstabiliser enseignants comme élèves, habitués au rituel des contrôles. Il est tout à fait possible de donner accès au sujet au même moment à tous les élèves. Les traces conservées par le numérique permettent de jauger la façon dont l’élève organise son travail. L’enseignant voit en temps réel s’afficher sur l’écran les activités.
Du côté des élèves, on observe fréquemment une volonté farouche d’obtenir la totalité des points quitte à faire et refaire. Sur support numérique, le droit à l’erreur est rétabli de façon presque spontanée . On peut se tromper en toute discrétion et apprendre de ses erreurs immédiatement. L’erreur devient un temps d’apprentissage comme un autre et non source de stress.
Est-ce à dire que les élèves prennent l’ensemble moins au sérieux ? Dans l’ensemble des observations réalisées en classe, il apparait que le numérique entraîne un regain d’intérêt de la part des élèves. D’abord lorsque c’est une nouveauté, ensuite parce que nombreux sont les élèves qui se laissent entraîner par l’idée de défi : obtenir le meilleur score par exemple. Enfin, parce que cela suppose pour l’enseignant de penser autrement ses consignes et ses exercices et contribue à regarder autrement la façon dont on rédige ses consignes, dont on choisit une activité.

Comment garantir dans une évaluation avec le numérique que l’élève s’engage pleinement, sans chercher la réponse sur internet ou ailleurs ?


Un élève évalué sur ordinateur trouvera rapidement des stratagèmes pour aller à l’économie de moyen : regarder sur une page internet pour trouver la réponse, demander de l’aide à ses camarades. Là encore, ces attitudes ont leur pendant avec le papier. La différence est ailleurs.
Nombre d’activités proposées sur la plateforme Éléa permettent à l’élève de connaître immédiatement son degré de réussite. Il peut avoir accès à des feedbacks adaptés en fonction de ses réponses. Ils contiennent tantôt des indices pour réussir, tantôt des liens vers des ressources pour comprendre, tantôt la correction explicitée, ce qui suppose d’avoir anticipé les besoins et les difficultés potentiellement rencontrées.
Ainsi, l’enseignant est dispensé d’une correction magistrale couteuse en temps, peu investie par les élèves et qui ne répond pas aux besoins de chacun, car réalisée à distance du moment où l’élève commet son erreur.

Qu’en est-il des adaptations nécessaires pour certains élèves ?


Le numérique apporte des réponses aux difficultés des élèves à besoins éducatifs particuliers :

  • en facilitant l’adaptation des contenus
    Par exemple, les élèves atteints de dyslexie peuvent s’appuyer sur des logiciels adaptés pour faciliter leur compréhension des textes (dictée vocale, dictionnaire intuitif, aide à la rédaction,...).
    On peut proposer aux élèves à Haut Potentiel des exercices différents, de façon à mobiliser leur capacité à raisonner « out of the box ».
    Les élèves allophones peuvent avoir facilement recours à un outil de traduction afin de réaliser les mêmes tâches que les autres, sans se heurter à la compréhension des consignes ;
  • en permettant l’adaptation du temps alloué pour réaliser l’évaluation.

De par essence, le numérique permet de contourner de nombreux obstacles. Prévoir une évaluation avec le numérique permet de créer une ressource unique, adaptable aux besoins de chacun, pour qu’au cœur de l’activité de l’élève demeure le contenu pédagogique. Soit la ressource laisse l’élève libre d’avancer à son rythme ; soit elle réagit à ses réponses, comme les leçons, pour lui donner à faire exactement ce dont il a besoin pour consolider son savoir ; soit la situation de classe permet à l’enseignant de trouver le temps d’être à côté de l’élève pour reformuler les consignes. La e-éducation permet une équité dans l’accès aux exercices demandés, contribuant ainsi à réduire les inégalités scolaires au sein d’un groupe classe.

Peut-on favoriser des démarches d’auto-évaluation ou d’évaluation entre pairs avec le numérique ?


Sur la plateforme Éléa, l’auto-évaluation est favorisée par la possibilité qu’a l’enseignant de paramétrer les feedbacks. L’élève peut n’y avoir accès qu’après plusieurs tentatives, y avoir accès tout de suite et pouvoir refaire.... Tous les scénarios sont possibles. Mais dans tous les cas, l’élève est encouragé à devenir acteur de son évaluation.

Activité Feedback de la plateforme Éléa qui permet de proposer aux élèves un test sans note pour favoriser une réflexion sur le travail personnel (ici, un exercice en vue de préparer un conseil de classe).


Il en va de même pour l’évaluation entre pairs d’un document déposé dans un wiki ou une base de données ou encore de l’activité atelier qui repose sur l’idée que chaque groupe devra évaluer le travail d’un autre. Le numérique simplifie cette gestion. L’ensemble des devoirs est regroupé dans un même espace, facilement accessible à tous. Plus encore, la culture du numérique invite à la collaboration en tout lieu et tout moment. Ce travail d’évaluation entre pairs présente une plus-value que le socio-constructivisme à largement démontrer .

Présentation de l’activité Atelier disponible sur la plateforme Éléa qui permet de rythmer le temps du cours et de proposer un temps d’inter évaluation.

Les élèves peuvent-ils devenir les auteurs de l’évaluation ?


In fine, en matière de e-éducation, tous les usages pédagogiques restent possibles avec pour seule et réelle contrainte l’imagination de l’enseignant. Ainsi, on peut proposer aux élèves de créer à leur tour des parcours de e-éducation. Émanant des élèves, les consignes sont parfois plus faciles à comprendre car formulées avec leur langage commun. Par cette réflexion sur l’activité qu’il convient de donner, ils formalisent le savoir, apprennent à distinguer l’essentiel de l’accessoire. Cela revient à encourager les élèves à dépasser le maître pour transmettre à leur tour.
C’est ce que propose l’enseignante de mathématiques du collège de Sèvres à l’origine du concours Éléa visant à rendre les élèves créateurs de parcours.

Sanah Mnaouare, " Le concours Éléa, et si on donnait la manette aux élèves ?"

Les évaluations avec le numérique sont-elles propices aux compétences ?


Éléa présente l’avantage indéniable de donner un suivi précis de l’élève, ce que la plupart des exerciseurs ne font pas, sauf à enregistrer les élèves sur des plateformes privées. À l’heure actuelle, la plateforme rend compte des résultats sous forme de pourcentages ou de notes. Toutefois, il est possible, pour chacun des exercices d’attribuer un objectif et d’indiquer à terme si celui -ci a été atteint ou est en cours d’acquisition. Éléa peut ainsi contribuer à une évaluation par compétences, avec ou sans note. Des développements pour faciliter cet usage sont d’ailleurs en réflexion.
Dans ce même esprit, il est possible d’attribuer des badges aux élèves selon leur réussite à différents exercices.
On peut ainsi constater que les notes données par la plateforme insistent davantage sur les progrès réalisés que sur l’écart avec les attendus, instaurant une forme d’évaluation positive et constructive.

Tutoriel pour mettre en place des badges dans un parcours de e-éducation sur la plateforme Éléa.

Avec des évaluations sur support numérique les élèves ont-ils la même visibilité de leurs résultats ?


Ce qui est réalisé en format numérique peut évidemment être imprimé, mais il n’est pas certain que cela ait beaucoup de sens. Généralement, les élèves se font rarement prier pour aller regarder leurs résultats sur les ENT. Il convient donc de les habituer à lire les corrections et commentaires pour en tirer le meilleur parti. Ils peuvent même faire l’objet d’un échange si besoin entre l’élève et l’enseignant.

Mais il est possible d’aller plus loin, car le numérique garde trace. Ainsi, au Lycée Jeanne d’Albret de St Germain en laye, plusieurs enseignants de différentes disciplines ont construit des questionnaires pour permettre aux élèves de réactiver régulièrement leurs savoirs. Basée sur les conclusions issues des neurosciences, cette expérimentation est permise par le caractère intrinsèquement collaboratif de la plateforme. Ces tests disponibles toute l’année permettent aux élèves de réactiver régulièrement leurs connaissances, en toute liberté.

Lien vers le e-FUN de Saint-Germain-en-Laye où une équipe d’enseignants de SVT du Lycée Jeanne d’Albret présente ses usages sur la plateforme Éléa.


Les caractéristiques de l’évaluation avec le numérique évoquées ici ne sont pas exhaustives. La e-éducation, moyennant une scénarisation fine et un temps de définition des objectifs, offre une pluralité de possibles.
Introduire le numérique dans les évaluations permet de penser autrement ce temps essentiel dans tous les parcours d’apprentissages. Pourtant, ces usages ne constituent qu’une première strate.
Le développement depuis peu des démarches de Learning Analytics, c’est-à-dire la possibilité d’observer le comportement de celui qui apprend, ouvre un champ plus large. Les données de suivi recueillies permettent à terme d’analyser les processus d’apprentissage et de susciter des rétroactions automatiques, réalisées par l’enseignant, afin d’adapter le parcours de l’élève. Centrer sur le « apprendre à apprendre » ouvre un nouveau champ pour accompagner les élèves en s’appuyant sur leurs erreurs comme sur leurs réussites,

Pour aller plus loin :
- Bellec Dominique et Charier Bertrand,(2018) « Évaluer avec le numérique de la théorie à la pratique », Dane de Poitiers.
- Devauchelle Bruno (2015) "Évaluer à l’ère du numérique", Le Café pédagogique.
- De Vecchi Gérard (2011),Évaluer sans dévaluer, Hachette éducation.

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