e-formation

À quoi faut-il être attentif quand on souhaite généraliser la « e-formation » ?

En introduisant de la distance dans les dispositifs de formation, la « e-formation » bouscule les habitudes. Pour qu’elle soit efficace, il est nécessaire de prendre en compte différents facteurs :

  • Le temps

La formation traditionnelle a lieu sur un temps mesurable qu’il est facile de quantifier et de bloquer dans l’emploi du temps professionnel des apprenants. Il n’en est pas de même pour le temps de la formation à distance.

- Quand faut-il placer les classes virtuelles ?
L’expérience montre que le temps professionnel est à privilégier et que le temps personnel et familial n’est pas propice pour ces regroupements à distance. Le créneau qui est apparu comme le plus favorable est entre 9h et 10h en semaine car il permet aux participants de se connecter depuis chez eux après avoir accompagné leurs enfants à l’école, puis de rejoindre leur établissement, ou de rejoindre la classe virtuelle directement depuis leur établissement s’il n’est pas trop éloigné et si les conditions de connexion sont favorables. L’expérience montre également que le participant devra compter un créneau de 15 à 30 minutes avant le démarrage de la classe virtuelle et de 15 à 30 minutes après la fin de la classe virtuelle avant de reprendre une autre activité professionnelle.

- Quelle durée pour le travail à distance ?
Les activités asynchrones à réaliser à distance doivent être quantifiées et prises en compte comme un véritable temps de formation. L’apprenant aura à dégager du temps pour les réaliser. Il est libre de suivre cette partie du parcours à son rythme, quand il le souhaite.
Pour que cette liberté d’organisation reste perçue comme une plus-value et non comme une contrainte, les formateurs veilleront à ne pas dépasser une à deux heures de travail à distance par semaine.

- Et le droit à la déconnexion dans tout ça ?
Nous recommandons aux formateurs de dispositifs hybrides de mettre en place une charte d’usages fixant un cadre horaire pour les échanges, et intégrant la notion de droit à la déconnexion.

  • Les lieux d’apprentissage

Avec la e-formation, les apprenants peuvent se former quand et où ils le souhaitent, à condition de disposer du matériel et de la connexion nécessaires.
Selon l’édition du baromètre du numérique de décembre 2016, la France compte 86 % d’internautes. En moyenne, un français passe 18 heures par semaine sur le web. Les Français utilisent également de plus en plus l’internet mobile : 93% des adultes possèdent un téléphone mobile (65% un smartphone - 42% déclarent utiliser la 4G)
Ces tendances rendent les frontières de plus en plus poreuses entre l’espace professionnel et l’espace personnel. Les formateurs doivent prendre en compte la nécessité d’accompagner ce changement de pratique par un discours adapté mettant l’accent sur les avantages de ce dispositif dans le cadre d’une charte de confiance qui doit être explicitée et négociée avec les participants.

L’hybridation des formations a un impact sur l’organisation de ces différents lieux d’apprentissage. L’organisation "traditionnelle" frontale des lieux d’apprentissage n’est plus adaptée.

- Les salles de formation doivent pouvoir être modulaires et changer de disposition en fonction des démarches pédagogiques adoptées, qui varient au cours du regroupement en présentiel. Le mobilier évolue d’ailleurs pour tenir compte de ces évolutions. À Marly le Roi, les salles de la DANE ont été aménagées dans cet esprit et permettent aux visiteurs qui le souhaitent d’expérimenter de nouvelles dispositions propices à l’enrichissement de la palette pédagogique.

- Dans l’établissement d’affectation, une réflexion devrait être menée pour repenser des espaces adaptés à ces nouvelles modalités de formation et permettre aux participants de se connecter en classe virtuelle dans des conditions favorables.
Différents projets d’architecture ou d’aménagement des espaces imaginent ce que pourraient être ces nouveaux établissements lieux de formation :

- De même, l’espace personnel doit être repensé pour y intégrer un espace réservé à la formation et aux classes virtuelles.

La classe virtuelle est une véritable fenêtre ouverte sur cet espace personnel quand on choisit d’activer sa webcam !

  • Le sentiment de solitude et de déshumanisation

Comme l’apprentissage, la formation est un acte social.
Le temps d’un regroupement, les formations traditionnelles permettent aux apprenants de partager une relation humaine professionnelle riche, faite de réflexions croisées et d’échanges. Ils peuvent alors échapper à leurs occupations (et préoccupations) professionnelles et familiales.

La communication non verbale, les perceptions sensorielles et kinesthésiques, les conversations amicales autour d’un café sont absentes de la formation asynchrone.
Ces temps de formation se déroulent à distance, sur un écran ou un ordinateur, et l’ordinateur est un animal à sang froid. L’apprenant peut se sentir très seul face à une machine.

C’est d’ailleurs le sentiment qui est majoritairement exprimé par les participants qui vivent ce type de dispositifs. Nombreux sont ceux qui décrochent, et ne suivent qu’une petite partie d’un MOOC auquel ils se sont pourtant inscrits volontairement.

Un MOOC est l’acronyme anglais pour "Massive Open Online Course". L’équivalent français est CLOM « cours en ligne ouvert massivement ».

L’hybridation permet de conserver les avantages du présentiel en favorisant ce lien social. Mais il est important de ne pas réserver les activités collaboratives aux seuls présentiels. Il convient aussi de les prolonger à distance.

  • La motivation et l’autonomie

Afin de maintenir la motivation des apprenants, la durée totale des dispositifs proposés en autoformation sur m@gistère dans l’offre complémentaire ne devra pas dépasser 2 à 3 heures.
Tous les autres dispositifs gagneront à être hybridés et tutorés, en intégrant de nombreuses interactions et des activités sociales entre les participants de la formation.
Même si les enseignants sont des personnes très autonomes, organiser ce type de travail à distance est une nouvelle compétence. Pour l’acquérir, l’accompagnement méthodologique et organisationnel du tuteur par des messages réguliers est une aide indispensable.
Dans ces dispositifs hybrides, nous avons d’ailleurs pu observer que le tutorat réduit considérablement le taux de décrochage. Nous atteignons ainsi presque 80 % de persévérance.

  • La connexion internet

Dans la mesure où les formations hybrides s’appuient sur un parcours de formation à distance sur la plateforme m@gistère, la connexion internet est indispensable dans les différents lieux où le participant la suivra : sur le lieu de formation, dans leur établissement et à leur domicile. Pourquoi pas même dans les transports ?
Le débit doit être suffisant pour pouvoir consulter les médias du parcours et pour se connecter en classe virtuelle si la formation le prévoit.
Dans la salle de formation, le formateur devra s’assurer que tous les participants peuvent se connecter à internet de manière individuelle, grâce au wifi par exemple, car il est nécessaire de faire le lien en présentiel avec les ressources et les activités du parcours à distance.

  • Le matériel informatique

Ce type de formation implique la présence d’un équipement informatique dans les différents lieux où l’apprenant va se former.
Ce matériel devra pouvoir être mis à la disposition des apprenants qui ne possèdent pas leur propre matériel (ordinateur portable ou tablette), mais l’usage du BYOD est un bon moyen d’en comprendre les enjeux avant de le tester en classe.
Les instruments personnels connectés (smartphone et tablette) sont des éléments favorables à un apprentissage en mobilité.

L’acronyme « BYOD » est l’abréviation de l’expression « Bring your own device ». L’équivalent français est « EIM » pour « équipement individuel mobile ».

Afin de pouvoir accéder au parcours et y consulter les médias, le système et les différents logiciels doivent être mis à jour régulièrement. L’ensemble des ressources et la plateforme elle-même doivent être compatibles avec tous les matériels utilisés par les participants.
En ce qui concerne la classe virtuelle, un micro-casque personnel est nécessaire pour y participer et le logiciel flash doit être à jour.

  • La maîtrise des outils et des espaces numériques

Une maîtrise minimale des outils informatiques et d’internet est nécessaire pour suivre un dispositif d’« e-formation ».
Par ailleurs, il n’est pas tout de suite évident de naviguer dans l’espace virtuel de la plateforme m@gistère et du parcours.
C’est pour cette raison qu’il est conseillé aux formateurs qui animent un premier dispositif hybride de démarrer par un présentiel où ils pourront prendre le temps d’accompagner les participants qui en ressentent le besoin et de présenter l’ergonomie de m@gistère et du parcours en vue d’une utilisation autonome ultérieure.

  • La maîtrise de l’utilisation de la messagerie académique

Comme la plupart des services académiques, la plateforme m@gistère nécessite une connexion grâce aux identifiants académiques. Toutes les notifications et l’ensemble des communications entre participants et formateurs sont envoyées sur la messagerie académique. Les participants doivent donc maîtriser l’utilisation du Webmail académique. Le formateur pourra effectuer quelques rappels au cours de la formation, ou renvoyer les participants vers le parcours d’auto-formation : messagerie académique.

  • Les données personnelles

L’utilisation d’une plateforme génère inévitablement l’enregistrement de données personnelles. Chaque utilisateur peut mettre à jour son profil par une photographie qui sera visible par les personnes connectées au même parcours. Ses données de connexion sont enregistrées. Il réalise des tests et obtient des résultats. Il dépose des documents, des ressources pédagogiques qui engagent son expertise professionnelle. Il participe à des forums où les messages sont mémorisés et visibles par ses pairs et par le formateur-tuteur.
Une charte des bonnes pratiques sera utile pour rappeler à tous les participants la nécessité de s’inscrire dans un cadre de confiance réciproque.
De son côté, l’équipe m@gistère garantit la protection de ces données personnelles par une déclaration à la CNIL. Certaines données ne sont visibles que par les administrateurs qui se sont engagés à ne les divulguer à personne.

  • Le regard de l’inspection : un contrat de confiance

Afin de favoriser la mutualisation et le travail collaboratif, un cadre éthique garantit à chaque participant le droit à l’expérimentation pédagogique. Les inspecteurs n’ont pas accès aux parcours, sauf dans le cas où ils y jouent le rôle de formateur.

  • Le coût de la conception

Contrairement aux idées reçues, la e-formation ne coûte pas forcément moins cher, sauf dans le cas où le parcours servira à former un très grand nombre de personnes, ou si les participants se voient épargner de coûteux déplacements.
La conception du parcours et le suivi des apprenants doivent être quantifiés de la manière la plus juste possible et rémunérés à la mesure de l’investissement fourni.

  • La propriété intellectuelle

Certaines ressources sont originales, car elles ont été créées par les formateurs-concepteurs du parcours. Le nom des auteurs doit apparaître dans les crédits du parcours.
Mais les ressources publiées en ligne par les formateurs-concepteurs comprendront nécessairement des emprunts à d’autres ressources existantes dont ils ne sont pas les auteurs.
À partir du moment où il y a emprunt ou citation, le concepteur doit s’assurer qu’il respecte bien les règles de la propriété intellectuelle et les démarches à entreprendre pour obtenir l’autorisation d’intégrer ces ressources, démarches qui peuvent lui sembler lourdes et décourageantes.
Pourtant, il est indispensable de respecter le droit car les parcours réalisés sur m@gistère pourront ainsi être partagés dans l’offre très largement et servir à un plus grand nombre de personnes.

Mais alors, quels sont les avantages de la e-formation ?

À la lecture de ce qui précède, vous allez me dire que vous ne voyez pas bien pourquoi vous engager dans cette voie. Pourtant la e-formation apporte une réelle plus-value à un dispositif de formation, à condition qu’elle ait été pensée au préalable à la lumière des difficultés qu’elle peut engendrer et à condition surtout que le sujet de la formation se prête à cette forme particulière.

(voir à ce sujet l’article : « Quels sont les avantages de la e-formation ? »