12 février, par Malika Alouani

CP dédoublé

La Twictée au service du langage et de la lecture

Lire, écrire et négocier au CP

e-éducation Cycle 2 Département des Hauts-de-Seine


La dictée négociée pour favoriser les activités cognitives

Virginie Costa est enseignante à l’école Jacques Decour à Nanterre, elle expérimente cette année, en équipe, le dispositif CP dédoublé.
Dans cette perspective et suite à un travail qu’elle avait mené les années passées, elle met en œuvre des situations d’apprentissage de l’orthographe à l’aide du dispositif de la Twictée.
Le choix de cette démarche porte essentiellement sur la mise en activité cognitive de l’élève afin de l’engager à se questionner à agir sur cet objet d’apprentissage de manière active et volontaire.
Les situations de travail en groupe mobilisent les élèves à s’approprier des savoirs ; Il ne sont plus dans une posture de réception, ils entrent en communication avec l’autre pour se questionner devant des situations parfois complexes afin de solliciter des capacités de dialogue, d’analyse et de logique verbale.
La dictée négociée constitue un espace privilégié de travail en groupe, de coopération qui place l’intelligence de chacun au service de tous et qui met à l’épreuve la verbalisation orale, les interactions et la pensée.
Se questionner, argumenter, justifier, accepter les choix de l’autre et trouver un consensus représentent l’ensemble des activités qui seront sollicitées durant ce temps d’exercice. Une situation nouvelle au CP qui nécessite l’étayage et un guidage fort de l’enseignant au début afin d’expliciter la manière de respecter des étapes de travail, des formulations langagières et d’aboutir à des propositions collectivement partagées.

Une démarche signifiante pour l’élève

S’approprier la lecture suppose de mener des activités de production d’écrit régulières afin de permettre au geste graphique de l’élève de renforcer la mémorisation des phonèmes et de consolider le principe alphabétique d’encodage. L’entrainement à écrire seul sous la dictée et à confronter sa production à celle d’autres pairs participe à construire les bases d’une lecture solide où l’encodage reste la première étape.
Les élèves placés en situation d’autonomie entre pairs n’appréhendent plus l’évaluation du maître. Ils proposent et construisent une réponse collective qui sera interrogée par un autre groupe d’élèves.

Virginie Costa en respecte les grandes lignes en proposant :

  • Une production individuelle de petites phrases contextualisée autour d’une thématique de travail spécifique à la classe. Certains mots ont déjà été vus dans une autre situation et le vocabulaire déjà travaillé est maîtrisé.
  • Une première phase de relecture seule en grand groupe avec l’enseignant.
  • Un travail en groupe de confrontation entre élèves afin d’interroger l’écriture de chaque mot.
  • Un élève épelle le premier mot. Chacun compare avec l’écriture de son mot ; si tout le monde à la même réponse alors l’écriture du mot est validée par le groupe ; Il est alors rédigé sur la feuille de production collective (chacun écrira un mot à tour de rôle).
    Si des désaccords apparaissent, alors on questionne l’encodage du mot, on émet des hypothèses et on s’accorde sur une solution collective.
  • Un temps de mise en commun des réponses de chaque groupe est consacré par l’enseignant.
  • Les textes de chaque groupe sont envoyés via Twitter à une autre classe partenaire du réseau de travail Twictée : la classe miroir.
    Chaque classe est à la fois auteur d’une proposition mais également correcteur de la proposition d’une autre classe. Ainsi chaque classe est amenée à produire des #Twoutils, des justifications orthographiques sous forme de texte ou de vidéos.
    Les erreurs sont catégorisées selon des balises orthographiques créées en réseau par une enseignante de CP. Celles-ci vont structurer et automatiser le langage grammatical.
  • Enfin, le texte est à nouveau dicté en individuel afin de pouvoir constater les progrès de chaque élève .
  • Cette mise à distance de la production collective avec le regard d’un autre groupe d’élèves contribuent à donner du sens à l’activité de dictée qui n’est plus centrée sur l’évaluation d’un élève par l’enseignant mais portée par un groupe au regard d’un autre groupe dans le but de contribuer à apporter une aide à la compréhension et à l’appropriation de règles.

Ces interactions réciproques et partagées construisent ainsi une posture d’élève acteur capable de s’approprier à travers un exercice récurrent d’analyse et d’interactions motivés des automatismes de questionnement autour de l’écriture des mots.
L’activité de vérification et de négociation entre élèves participent ainsi au travail de mémorisation des règles.

Une manière de sensibiliser et d’enrôler l’élève dans une posture d’entraide, de responsabilité par rapport à l’autre. Ces compétences sont ainsi proches du « savoir vivre citoyen » qui place l’individu dans une posture empathique de respect et de bienveillance.

Un projet porté par un collectif avec des outils partagés

Le dispositif de Twictée, pensé à l’origine par l’association d’un enseignant de Moselle et d’un enseignant de Seine-et-Marne, s’est rapidement répandu à l’échelle nationale et internationale pour rayonner dans de nombreuses classes.

Hormis les bénéfices pour l’élève, le travail en réseau entre enseignants ajoute un dynamisme à la préparation de classe ; les choix collectifs des dictées, la possibilité d’interroger son collègue sur des démarches et thématiques de travail et la possibilité de mutualiser des ressources produites par chacun facilitent l’exercice du métier.

Le groupe d’enseignants a profité ainsi d’un ensemble d’outils #dicobalisesCP décrivant des règles spécifiques au CP et disponible en ligne sur un site dédié à la Twictée.

Ces partages et cette coopération entre élèves et enseignants via le numérique explique le succès de ce dispositif. De part les interactions entre classes, la Twictée redonne un autre visage à l’exercice d’entrainement de la dictée en réactualisant le concept à travers une posture de négociation et d’entraide.
L’élève n’est plus stigmatisé dans ses difficultés mais il est hissé vers des aptitudes cognitives et langagières afin de le responsabiliser et de le rendre acteur de ses apprentissages. Les règles d’orthographes entrent ainsi dans un processus d‘appropriation intrinsèque à l’élève.

Dans ce cadre le projet de recherche "TAO" porté par l’académie de Créteil avec l’ESPE a pour objectif l’évaluation de ce dispositif. Il apportera certainement des éléments de clarification et de diagnostic sur cette méthodologie de travail.

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