15 avril, par Ghislaine Mezin

Et si les jeux vidéo avaient des effets positifs sur le cerveau

Comprendre pour accompagner les jeunes dans leur pratique vidéo-ludique

Robotique, Nouveaux Langages et Mondes Numériques


Qu’on se le dise, 94% des enfants de plus de 10 ans déclarent jouer au moins occasionnellement aux jeux vidéo ! Alors, partons à la découverte de ce milieu pour en comprendre le fonctionnement et pouvoir accompagner nos jeunes dans leur pratique.

Le jeu vidéo est un loisir pratiqué par toutes les populations, sans distinction de couche sociale. Il est devenu le premier loisir des Français et sa pratique continue à se développer. Pourtant, il souffre d’une image négative associée à des risques d’addiction, d’isolement social et autres pathologies alors que pratiquer les jeux vidéo de manière raisonnée présente de multiples intérêts bien réels.

Une action sur les relations sociales

L’adolescence : une période charnière

L’adolescence se définit comme « une période de transition...de préparation à l’âge adulte au cours de laquelle ont lieu des étapes clés du développement... Il s’agit par exemple de l’acquisition de l’indépendance sociale et économique, du développement de l’identité, de l’acquisition des compétences nécessaires pour remplir son rôle d’adulte et établir des relations d’adulte, et de la capacité de raisonnement abstrait. » (D’après une définition de l’OMS).
C’est dans les interactions avec les autres et notamment avec ses pairs que l’adolescent trouve le terreau qui lui permet de construire son identité. Et c’est là que les jeux vidéo peuvent jouer un premier rôle.

Les jeux vidéo : des espaces d’expression et de réalisation de soi

 

Les jeux vidéo ça rend pas idiot !
Yann Leroux, psychologue

 

Dans son livre, Yann Leroux démontre que les espaces virtuels des jeux sont des lieux d’expression et de réalisation de soi qui contribuent à un fonctionnement psychique normal. Ils nécessitent souvent la création d’un avatar, une forme d’extension de soi virtuel qui permet de produire et de partager une image de soi qui peut évoluer. Lors de la pratique d’un PVE (player versus environment, littéralement joueur contre l’environnement), l’adolescent va procéder à une exploration de l’environnement virtuel au travers de quêtes, de missions. Il cherche à découvrir ses potentialités et ses limites, mais aussi à se mesurer aux autres. Il cherche à obtenir des récompenses pour s’affirmer en tant que joueur, à l’image d’un statut social. Les jeux sont ainsi des modèles réduits dans lesquels l’enfant trouve les valeurs, les normes et les rôles qu’il aura à endosser plus tard en tant qu’adulte.

Par ailleurs, le besoin de se retrouver entre pairs est le propre de l’adolescence. Là encore, les jeux vidéo offrent un terrain d’expériences intéressant. En particulier, les MMORPG (« Massively Multiplayer Online Role Playing Game » ou en français « jeu de rôle en ligne massivement multijoueur ») reposent sur la création de guildes, c’est-à-dire de communautés de joueurs régies par une organisation spécifique et des codes propres. Appartenir une guilde, c’est se faire un groupe d’amis avec qui jouer. C’est intégrer un groupe reconnu dans l’univers du jeu. Mais, c’est aussi s’entraider et collaborer pour atteindre des objectifs inatteignables individuellement. Être à l’origine de la création d’une guilde, c’est être en mesure de fédérer autour de soi une équipe. De plus, les nouvelles technologies ont aboli les limites de l’espace et du temps. Il est désormais possible de jouer avec des personnes se trouvant à l’autre bout du monde. Les jeux vidéo sont donc des terrains propices à l’exercice de la socialisation et qui participent à l’émancipation et l’autonomisation des adolescents.

Le jeu vidéo : un rôle de médiateur

Les jeux vidéo font désormais partie de notre patrimoine culturel au même titre que la littérature ou le cinéma. Ils sont le reflet de la culture et de l’histoire de la société dans laquelle ils s’inscrivent, à l’instar de la seconde guerre mondiale, thème largement exploré dans les jeux. L’expérience de jeu fait l’objet de discussions, parfois de conflits entre joueurs. Il s’agit d’une expérience partagée que l’on transmet à ses enfants.

Le jeu vidéo peut aussi être un médiateur thérapeutique. Il peut permettre aux patients d’exprimer plus facilement leurs émotions et ressentis via leur avatar : « Il faut laisser aller les mouvements identificatoires des sujets sur les avatars qu’ils ont pu personnaliser ou pas.[...] Plus le contenu est riche, voire métaphorique, plus les contenus refoulés et même les représentations archaïques émergent. Ainsi, les monstres propres aux jeux vidéo s’inspirent directement des univers d’heroic fantasy et sont une source de projections massives selon l’histoire de chacun avec ses propres « monstres » mais aussi et surtout selon sa capacité d’affrontement avec eux. » [1]
De même, Yann Leroux explique comment le jeu vidéo est un médiateur entre les générations et peut permettre de rétablir un dialogue constructif entre parents et enfants et rassembler un moment la famille autour d’un temps de plaisir partagé.

Il y a sans doute aussi un peu de sagesse à prendre pour les parents : parlez la langue de vos enfants. Si votre enfant est passionné par les jeux vidéo, intéressez vous à ce qui le passionne et apportez lui de quoi faire de cette passion une occasion de croissance en élargissant le cercle de ses intérêts. Il adore League of Legends ? Donnez lui des livres sur le design et l’histoire des personnages, sur les liens entre ces personnages et les héros des mythes et légendes, donnez lui de quoi comprendre en profondeur son jeu préféré.
Yann Leroux, psychologue

Une action sur le développement cognitif

Différentes études [2] [3] mettent en évidence l’impact de la pratique de certains jeux vidéo sur les capacités motrices et cognitives. Elles attestent notamment qu’une pratique régulière des jeux d’action améliore l’attention visuelle sélective :

  • L’attention visuelle des joueurs fatigue moins vite que celle des non-joueurs lorsqu’ils doivent rechercher une cible.,
  • Les joueurs arrivent à appréhender un plus grand nombre d’objets, ils repèrent mieux une cible quelle que soit sa distance par rapport au point qu’ils fixaient initialement,
  • Les joueurs parviennent plus rapidement à recentrer leur attention à la recherche d’une nouvelle cible.

Certains jeux requièrent une coordination visuo-motrice importante. À tel point qu’ils sont aujourd’hui également utilisés dans le domaine médical, tant en rééducation qu’en formation des chirurgiens. Une étude a ainsi démontré que les chirurgiens jouant régulièrement sur une console avec une manette sans fil et capable de détecter les mouvements en trois dimensions, ont progressé dans leur pratique de la laparoscopie (D, Giannotti et al. (2013) Play to Become a Surgeon : Impact of Nintendo WII Training on Laparoscopic Skills. Plos One.

Au delà du plaisir, les compétences développées par la pratique du jeu vidéo ne sont donc pas à négliger.

Un levier pour développer les compétences du XXIe siècle

À l’ère de la culture numérique, les questions d’éducation sont au cœur de la réflexion de nombreux pays qui interrogent leur système actuel pour essayer de l’accompagner vers de nouvelles exigences liées aux évolutions culturelles, sociétales, éthiques et économiques des sociétés.
En 2013, une étude néérlandaise a analysé huit référentiels élaborés par de grands organismes internationaux dont l’UNESCO et l’OCDE, a permis d’établir un consensus autour de certaines compétences et aptitudes considérées comme indispensables au citoyen du XXIe siècle. [4]

Les différentes taxonomies s’accordent sur une liste de compétences cognitives que l’on retrouve dans la pratique des jeux vidéos :
  • la communication,
  • la créativité,
  • la pensée critique,
  • la collaboration,
  • la résolution de problème.

Comme nous l’avons vu plus haut, les MMORPG réclament de la part des joueurs des compétences de communication et de collaboration pour définir collectivement la stratégie à mettre en œuvre et le rôle de chacun afin d’atteindre l’objectif.
Les jeux « bacs à sable » quant à eux, comme leur nom l’indique, laissent au joueur le soin de construire et imaginer l’ensemble de l’univers du jeu. Ils offrent une grande liberté d’expression et donnent à l’utilisateur le pouvoir de mettre en forme et en action ce qu’il veut. Ils pourraient être comparés à un jeu de Lego® des temps modernes. Ils favorisent et encouragent la collaboration et stimulent la créativité.


Un levier d’inclusion et de persévérance scolaire

Le jeu vidéo est encore peu présent à l’école. Pourtant, il constitue un objet incontournable de la culture de nos ados. Et s’appuyer sur l’univers des élèves peut être un levier motivationnel pour obtenir leur adhésion et leur engagement dans les activités scolaires. Surtout que certains jeux se prêtent à la conception de séquences pédagogiques  dès le cycle 3.

Par exemple, Romain Vincent, professeur d’Histoire - Géographie dans l’académie de Créteil propose sur des séances pour étudier des points de programme du collège sur son site Jeuvideohistoire.com.
De même, la pratique du e-sport, en agissant sur la motivation intrinsèque des élèves, le jeu vidéo devient un outil de lutte contre le décrochage scolaire.

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